mercredi 12 juillet 2017

La joie perpétuelle est possible dans notre vie


L’homme : Est-ce possible d’être heureux et d’avoir accès au bonheur perpétuel ?

Le pêcheur : Qu’entendez-vous par bonheur perpétuel ?

L’homme : J’entends un état de bien-être qui dure dans le temps, sans être constamment tourmenté par nos soucis. Avoir suffisamment d’argent et de nourriture pour ne pas vivre dans le manque de toutes sortes de choses. Ne pas toujours vivre dans l’angoisse de ce que sera demain, d’être malade ou de souffrir.

Le pêcheur : Bien sûr. Toutefois pour se faire, encore faut-il identifier ce qui nous amène à rester accroché à ce qui nous tourmente, aux sentiments de manque que nous maintenons en nous et les pensées et énergies d’angoisse que nous laissons se maintenir dans notre tête.

L’homme : Vous voulez-dire que ce ne sont que des perceptions psychologiques qui nous empêchent d’être heureux ? Pourtant le manque d’argent ou les possibilités de devoir faire face à des malheurs sont pourtant bien réels et ne sont pas que des inventions dans notre tête il me semble !

Le pêcheur : Oui effectivement. Toutes ces choses peuvent être bien réelles ou se produire dans un futur plus ou moins proche. Nous pouvons effectivement devoir y faire face. Les événements de la vie sont ce qu’ils sont. Ils se présentent à nous et nous affectent de façons variables selon la façon que nous les percevons. Face à un manque d’argent par exemple, certaines personnes vont se mettre en action pour trouver un travail ou réaliser des tâches leur permettant de faire un peu d’argent pour combler leurs besoins. D’autres vont être plutôt paralysées ou découragées par la situation et vont se mettre en mode attente de se faire prendre en charge. Face à la maladie, il en va de même. Certaines vont se laisser envahir en se disant qu’elles sont à la merci de cette affliction, alors que d’autres vont rechercher des moyens de pouvoir se guérir.

L’homme : Quoi penser alors des personnes qui n’ont aucune ressource pour combler ne serait-ce que leurs besoins primaires ?

Le pêcheur : Il est vrai que plusieurs ont que très peu de marge de manœuvre ou même pas du tout pour combler leurs besoins. Je me désole de ce que les êtres humains ont à endurer face à toutes les difficultés auxquelles ils doivent faire face. Je ne peux pas témoigner de la possibilité d’avoir accès au bonheur perpétuel dans ces situations pour ne les avoir pas vécus moi-même.

J’ai certes constaté le sourire d’enfants ou de personne très âgées d’une pureté indescriptible même vivant dans des situations d’extrêmes pauvreté. J’ai côtoyé aussi des personnes avec des handicaps ou des maladies graves témoigner de la beauté et de la grandeur de la vie. La sérénité, la luminosité et l’ampleur du vivant qui se dégageaient en leur présence avaient même un effet d’apaisement et de plénitude. Même dans ces conditions, j’ai pu ressentir la joie de vivre et l’intensité de la présence se manifester. Mais j’insiste à dire que ce ne sont que quelques exemples que j’ai rencontrés et ne reflète peut-être pas la réalité de tous et de toutes et des différentes situations qu'ils ou qu'elles ont à vivre. Ce qui ressort toutefois ici, c’est que même si une personne vit une situation difficile, elle peut toujours avoir accès à sa source de joie intérieure.

L’homme : Vous avez parlé de rester accroché à ce qui nous tourmente et à nos sentiments d’angoisse qui nous empêchent d’être heureux. Pouvez-vous me préciser votre pointe vue ?

Le pêcheur : La notion de bonheur est souvent confondue avec la réalité qui se présente dans notre vie. Nous ne voudrions pas devoir vivre des situations qui s’opposent à ce qu’on s’attend de la vie. Nous ne voulons pas souffrir, être pauvre, être malade, vieillir, perdre ce que l’on a. Ou à l’inverse, nous voulons acquérir des biens, faire des voyages, avoir de l’argent en quantité suffisante et même plus, être en bonne santé, etc. Si ces éléments sont absents de notre vie, nous associons ces réalités à l’absence de bonheur ou au malheur.

L’idée de bonheur est aussi associée la plupart du temps à ce que collectivement les autres définissent. Que ce soit les médias, les publicités ou les commerçants, plusieurs forces gravitent autour de la personne pour définir ce qu’elle doit avoir comme bien ou comme condition de vie pour se permettre d’avoir droit à ce qui est définit comme étant le bonheur.

Plusieurs de nos tourments intérieurs sont associés à cette crainte de ne pas avoir accès à ce qu’on s’attend du bonheur. Même quand nous avons tout ce qui correspond au bonheur, nous commençons à être malheureux, juste à l’idée qu’il est possible de perdre ces mêmes conditions du bonheur. À la place du bonheur réel émergent l’anxiété d’avoir plus ou l’angoisse de perdre ce que nous avons. Nous vivons ainsi notre vie dans une tension justement rattachée à ce que nous désirons obtenir, conserver et nous tendons par tous les moyens à nous accrocher au bonheur.

L’homme : Le bonheur serait-il alors une limitation, un piège qui nous enferme dans les mécanismes que vous venez de décrire ?

Le pêcheur : Il peut l’être en effet si nous le voyons comme je viens de le décrire. La vie est toujours en mouvement et tout peut se produire d’un instant à l’autre. Tout peut basculer d’une situation de confort à une autre totalement différente où la perte d’emploi, la faillite, la maladie, la perte de personnes importante ou tout autre événement ne peut plus cadrer dans cette idée de bonheur. Est-ce que la vie a pour autant diminuée en valeur ? Est-ce que ce nouveau contexte signifie que vous êtes dans le malheur et qu’il faille retourner le plus vite possible à l’état de bonheur, sinon votre vie n’a plus de sens ?

L’homme : Non, j’imagine que c’est seulement une autre réalité à laquelle nous devons faire face.

Le pêcheur : C’est très juste. Ce n’est pas parce que nous devons faire face à de nouvelles situations que nous devons pour autant déclarer forfait sur une quelconque notion de bonheur non comblé.

L’homme : Alors ma question de départ n’a plus vraiment sa raison d’être face à votre argumentation à savoir si nous pouvons vivre dans un état de bonheur perpétuel. Alors que c’est la notion même de bonheur qui fait problème.

Le pêcheur : La notion de bonheur peut toujours être utilisée, mais pas comme nous l’entendons généralement. Le bonheur ne peut pas être juste relié à des situations qui se manifestent dans notre vie ou à des possessions ou des objectifs qui doivent être remplis.

Lorsque je vous ai répondu à votre question par l’affirmative, c’est que j’ai associé à la notion de bonheur, l'importance d'y joindre la joie intérieure. Le bien-être intérieur et permanent que plusieurs recherchent dans leur quête du bonheur, c’est dans l’état de joie qu’ils peuvent le retrouver dans sa forme la plus intense et la plus durable.

L’homme : Qu’est-ce que la joie alors ?

Le pêcheur : À la différence du bonheur que l'on tente de définir avec des descriptions de ce qu’il doit contenir, la joie intérieure est plutôt de l’ordre du ressenti. La joie est un état de satisfaction, de plénitude et d’enthousiasme face à la vie, quel que soit ce qui s’y présente. Cet état de joie est un contact direct avec la satisfaction de sentir la vie qui coule en nous et d'être pleinement en vibration avec l'énergie de vie.  Cette présence au vivant créé un ressenti profond de joie et de plénitude dans une grande sérénité et un bien-être profond et durable. Il n'est pas question ici de joies spontanées plus ou moins intense, mais de joie permanente. Ces états de joie spontanée sont des échantillons ou des indices qui peuvent nous indiquer la possibilité de pouvoir toucher quelque chose de plus profond en nous, cet état de joie intérieur permanent créant le véritable bonheur.

Les faits de la vie ou les situations ne sont plus ce qui définissent le bonheur ou le bien-être intérieur. C’est l’attitude ou le positionnement de la personne dans son état de joie naturelle qui ouvre sur la possibilité de cet état de bien-être. Cet état peut devenir permanent dans la mesure où la personne mobilise cette attitude dans son quotidien. La joie intérieure qui créé cet état de bonheur est très nourrissante. Elle vivifie et fournit l’énergie nécessaire pour affronter les situations de la vie. Elle permet de sourire et de demeurer ouvert à tout ce qui se présente.

L’homme : Ce ne sont donc plus les faits qui définissent alors le bonheur des personnes ?

Le pêcheur : Exactement. La compréhension et l’acceptation que tout peut arriver dans notre vie ne limite plus à définir ce qui représente un état de bonheur ou de malheur. Les événements nécessitent tout de même que nous agissions pour leur faire face, quelles que soit les difficultés qu’ils exigent. Ils deviennent des défis et des expériences de la vie mais ne définissent plus notre état de bien-être intérieur, de joie et de bonheur. Ils sont des réalités de la vie qui se présentent à nous.

L’homme : Merci beaucoup. Vous m'avez répondu d'une façon très éclairante.


 
 
 

 

 

 

 

 

vendredi 7 juillet 2017

La vie est une expérience et non un résultat

Sortant tout juste du bistrot, le pêcheur aperçoit un jeune cycliste dans la vingtaine affairé à réparer la roue arrière de son vélo. Il se risque alors de commenter la scène de la manière suivante :

Le pêcheur : Il a l’air bien mal en point ce vélo !

Le cycliste : Oui monsieur…j’en suis bien désappointé voyez-vous. Alors que je m’apprêtais à battre mon record de 300 km en un jour, en voulant faire l’allé-retour vers un village un peu plus loin, voilà que je roule dans une crevasse tout juste à un kilomètre de chez moi. Vous voyez, ma roue arrière est toute croche et je n’arrive pas à la redresser. Il n’y a rien à faire, je dois m’en retourner à pied. Bravo, il y a vraiment pas de quoi se prendre pour un véritable recordman ! De plaisanter le jeune homme. Il ajoute : bonne journée monsieur !

Et il s’en retourne en direction de chez lui tout en marchant à côté du vélo grinçant. Voyant que le vieil homme se dirige dans la même direction, il l’invite à faire un bout de chemin ensemble.

Le cycliste : Je me reprendrai un autre jour. Je ne suis pas à un record près !

Le pêcheur : Vous avez déjà battu d’autres records alors ?

Le cycliste : Oui absolument et dans presque tous les sports que j’ai pratiqués depuis que je suis tout jeune. Que ce soit au hockey, au soccer, au baseball ou au basketball, j’ai toujours carburé à l’adrénaline d’être le meilleur. Meilleur compteur de but, meilleur dribleur de ballon et meilleur frappeur. Oui mais malheureusement, j’ai fait bien des jaloux autour de moi et croyez-moi, je ne me suis pas attiré que des amis. C’est pour cela que je me suis tourné vers un sport un peu plus individuel et là, je me bats contre les meilleurs cyclistes. Je le sais parce que je peux les suivre sur le net.

Le pêcheur : Et que vous ont apporté tous ces records ?

Le cycliste : Je ne sais pas vraiment. À part des étagères pleines de trophées poussiéreux…c’est curieux, je n’arrive pas à me souvenir exactement des actions qui m’ont amenées à ces victoires. Oui il y a bien quelques petites choses...mais tous ces efforts pour ces quelques petits souvenirs…ça me fait réfléchir tout d’un coup !

Le pêcheur : À quoi réfléchissez-vous ?

Le cycliste : Que tous ces efforts n’en valent peut-être pas vraiment la peine. Dites-moi, vous n’avez jamais voulu être le meilleur et à battre des records dans votre vie. Je vous imagine dans votre jeune temps à soulever des altères dans l'idée de dépasser les charges de Louis Cyr. De se moquer le jeune homme.

Le pêcheur : Non pas vraiment, répond le pêcheur tout en s’esclaffant de rire.

Le cycliste : Je vous taquine. J’espère que vous n’en êtes pas vexé ?

Le pêcheur : Pas du tout. Je vous ai trouvé très drôle. Non dans ma vie j’ai été attiré par ce qui meuble l’expérience de la vie plutôt que de rechercher des résultats quelconques.

Le cycliste : J’ai toujours cru que de ne pas se fixer des objectifs et des buts qui nous font sortir de notre zone de confort enlevait le piquant dans la vie. Je crois que le dépassement de soi est un tonic puissant pour rendre la vie plus intéressante. Ne croyez-vous pas ?

Le pêcheur : C’est possible, mais cela n’a pas rendu ma vie terne ou sans piquant comme vous le dites.

Le cycliste : Désolé. C’est mon réflexe de winner qui prend encore le dessus.

Le pêcheur : En fait, avec le temps, j’ai constaté que la redécouverte de l’expérience rend la vie très intense et pleine de vitalité. C’est comme si chaque événement ou choses qui se présente de notre environnement devenait plus important et avec plus de relief. Cette attitude face à l’expérientiel enrichie la présence à cette vie et me permet de vibrer avec celle-ci.

Le cycliste : Ce n’est donc pas juste le résultat qui compte. J’ai souvent entendu la phrase: ce n’est pas le but qui est important mais le chemin parcouru. Est-ce bien de cela qu’il s’agit ?

Le pêcheur : Un résultat ou un but n’ont rien de mal en soi. C’est peut-être juste la manière de les aborder qui peut faire une différence.

Les deux hommes continuent de marcher tranquillement. Le jeune cycliste garde le silence comme pour inviter le pêcheur à poursuivre.

Le pêcheur : Nous pouvons par exemple pratiquer un sport avec une équipe ou même seul. Le résultat ou le but peuvent faire partie de la pratique de ce sport. Cependant, tant et aussi longtemps que nous restons seulement concentrés sur l’objectif, nous avons tendance à laisser en arrière-plan tout ce qui se déroule. Tous les gestes, les senteurs, les ambiances, les sensations physiques, les énergies en présence, etc. ne sont plus au centre de l’attention. Ils sont obscurcis ou voilés par le désir de compter un but, de remporter une partie, de gagner un tournoi et finalement de rapporter à la maison un trophée à placer sur une étagère. C’est l’attention poussée vers l’avant qui s’érige en maître dans notre tête. Mais quelle déception lorsque nous perdons ou n’atteignons pas les records que nous nous étions fixés. Tout le reste est à jeter aux ordures de l’existence car cela ne correspond pas aux attentes élevées que nous avions. Pourtant, même lorsqu’une équipe ou un sportif perdent, il y a toute une expérience qui est là et qui possède sa propre richesse pour ceux et celles pouvant l’apprécier.

Le cycliste : C’est bien vrai…mais il y a pourtant une grande satisfaction quand nous gagnons…rien ne peut remplacer cette joie de gagner. Qu’en pensez-vous ?

Le pêcheur : Il est vrai que le fait de gagner peut certainement provoquer un certain plaisir. C’est toutefois un plaisir variable selon les personnes, car il ne fait pas vibrer tout le monde de la même intensité. Il est aussi momentané, car il qui peut s’estomper rapidement par la suite. Jusqu’à ce qu’un autre gain soit à nouveau en perspective. Mais qu’est-ce vraiment que gagner pour vous ?

Le cycliste : C’est avoir été meilleur qu’un autre. S’être démarqué et être reconnu. Il y a plein d’avantages à être un gagnant. Ça donne du prestige et ça fait du bien à notre Égo. Certaines personnes peuvent même en faire une carrière si elles se sont suffisamment démarquées.

Le pêcheur : Est-ce que c’est votre objectif de vie d’en faire une carrière professionnelle ?

Le cycliste : Pas vraiment. Je fais ce sport pour moi-même et pour enrichir ma santé, ma forme et me donner un stimulant de vie.

Le pêcheur : Je crois qu’il y a toujours une autre personne pour en dépasser une autre. Une fois c’est vous et une autre fois c’est une autre. Une fois vous serez prestigieux et une autre fois vous passerez inaperçu. Inévitablement, ce sont les plus jeunes avec plus de tonus musculaires qui en viendrons à dépasser les plus vieux. Il s’avère souvent catastrophique pour ces derniers de perdre l’image de vainqueurs qu’ils avaient d’eux-mêmes. Certains en viendront tristement à se sentir des bons à rien en comparaison aux autres.

Le cycliste : Wouais…c’est toute une autre perspective…ça me donne un choc d’entendre ceci ! Moi qui avait orienté ma vie dans cette direction !

Le pêcheur : Je n’ai pas la prétention d’avoir toute la vérité à ce sujet. Mais pour moi le véritable gain dans la vie, c’est de surmonter les désirs de fixations sur les résultats et se plonger dans l’expérience en présence maintenant. Il y a un gain permanent de vivre en présence avec ce qui est. L’enthousiasme et l’intensité de joie que cela procure m’apparaît de loin supérieur à ces gains momentanés. Nul besoin de trophées pour en témoigner !

Le cycliste : J’arrive tout juste au coin de ma rue. Je vais sûrement repenser à tout ceci en réparant ma roue dans mon garage. Merci pour cette belle discussion.

 


 

 

 

 

samedi 24 juin 2017

Réaliser sa mission de vie

 
La serveuse du bistro : Je vous sers encore un peu de café monsieur ?
 
Le pêcheur : J’en prendrais encore un peu en effet.

La femme verse tranquillement le liquide de façon à réchauffer la moitié restante, tout en se replongeant dans ses pensées. Comme pour reprendre contact avec celle-ci, le pêcheur ajoute doucement.
 
Le pêcheur : C’est un bien bel endroit ici. J’aime bien cette fenêtre qui donne une superbe vue sur le quai et sur la mer. Ne trouvez-vous pas ?
 
La phrase du client, semblant venir du lointain, se faufile à travers les idées pêle-mêle dans la tête de la serveuse et la ramène soudainement à ce qui est en train de se dérouler dans la réalité.
 
La serveuse du bistro : Oh ! Je suis désolée, j’étais un peu perdue dans mes pensées. Oui en effet, c’est très beau. Et elle ajoute :
 
Après avoir passé une dizaine d’années en ces lieux, j’en suis venue à ne plus voir ce décor. Pourtant, c’est celui-ci qui m’a charmée lorsque je suis arrivée ici pour la première fois. J’étais jeune et pleine de projets de vie...
 
Retombant une fraction de seconde dans sa réflexion, elle se ramène vitement à la conversation et explique en affichant un visage de déception tout en regardant au sol :
 
La serveuse du bistro : ...mais malheureusement, j’ai commencé à travailler ici et j’en ai fait mon métier… je suis devenue une serveuse de bistro.
 
Au moment où elle lui répond, le pêcheur écoute attentivement. Il ne rajoute rien mais reste complètement ouvert à ce qui est dit par les mots et même au-delà. La serveuse prend alors quelques secondes pour se permettre de bien entendre en elle-même ce qu’elle vient de dire. Comme pour s’excuser d’avoir l’air de se plaindre, elle précise :
 
La serveuse du bistro : mais…je ne devrais pas me plaindre comme ça. Il y a bien du monde qui n’a pas de travail. Au moins, moi je peux manger et apporter les soins nécessaires à ma petite fille.  
 
Le pêcheur : Je ne vous ai pas entendu vous plaindre. Au contraire, je crois qu’il est tout à fait sain de laisser s’exprimer ce qui se dit en soi.
 
Apportant cette phrase avec elle, elle range la cafetière sur le réchaud et s’assoit au comptoir. Le pêcheur jette un œil vers celle-ci pour se rendre compte qu’elle tient son visage dans ses mains en sanglotant. Se sentant mal de voir les effets de ses commentaires, il se lève d’un seul coup et sans hésiter, rejoint la femme. Sans la brusquer, il lui dit :
 
Le pêcheur : Excusez-moi, j’espère que je ne vous ai pas offusqué avec ce que je vous ai dit. Je n’ai en aucun moment voulu vous faire de la peine.
 
La serveuse du bistro : Non, non… vous avez raison, longtemps j’ai fait taire en moi ces aspirations en essayant de me faire croire que je faisais la bonne chose en travaillant ici. Tout va bien… ça me fait juste du bien de laisser sortir les émotions qui étaient restées bloquer depuis une bonne dizaine d’années.
 
S’essuyant les larmes avec une serviette de table, elle jette un sourire de soulagement et complète :
 
La serveuse du bistro : D’ailleurs, je devrais vous remercier. Allez-vous rassoir à votre table, je vous apporte une bonne pointe de tarte chaude aux bleuets faite de ce matin. Est-ce que ça vous tente ? En plus c’est moi qui vous l’offre.
 
L’homme acquiesce volontiers et retourne à sa place. Après avoir fait payer deux autres clients avant qu’ils quittent les lieux, la femme apporte tel que promis le dessert fumant et demande :
 
La serveuse du bistro : Est-ce que vous me permettez de vous poser une question pendant que vous mangez. Je crois que ce sont les derniers clients de la journée et il me reste un peu de temps pour bavarder.
 
Le pêcheur : Bien entendu, ça me fait plaisir. Tout en l’invitant à prendre une chaise à sa table.
 
La serveuse du bistro : Comme je vous ai dit, j’avais plein de projets auparavant. Je voulais devenir infirmière ou même professeure d’école. Il me semblait que ce sont des métiers valorisants. Ainsi, j’aurais pu être mieux reconnue qu’une simple serveuse de bistro. Mes parents n’avaient pas vraiment les moyens de m’envoyer faire des études. En plus, j’ai eu ma fille au début de l’âge adulte et mes responsabilités ne m’ont pas permis de pouvoir obtenir des diplômes. Croyez-vous que je sois passée à côté de ma vie ou même de ce que certains appellent ma mission de vie.
 
Le pêcheur : Qu’entendez-vous par passer à côté de votre vie ?
 
La serveuse du bistro : En fait de ne pas avoir vécu ce que j’aurais dû vivre. Vivre mes projets, mes rêves et non pas la vie que j’ai fait ici. Je sais que cela peut paraître curieux ... mais je ressens un vide en moi de ne pas avoir eu la vie que j’avais imaginée.
 
Le pêcheur : D’abord, je vous répondrai que tout métier ou tout travail est un moyen qui sert à recevoir de l’argent en contrepartie de ses efforts pour pouvoir se nourrir et combler des besoins liés aux exigences de l’existence. Dans cet angle, vous ne pouvez pas avoir passé à côté de votre vie, au contraire, vous avez à chaque jour et à chaque instant mobilisé une foule d’actions pour combler ce dont votre vie et celle de votre fille aviez besoin. Non seulement vous n’avez pas passé à côté de votre vie, mais à cet égard, vous avez été directement au cœur de votre vie.
 
La serveuse du bistro : C’est vrai, mais d’où vient d’après-vous ce sentiment de vide alors ? Je devrais me sentir heureuse et comblée, alors que ce n’est pas le cas.
 
Le pêcheur : Je crois, et indiquez-moi si je me trompe, mais ce sentiment de vide provient d’une autre explication. Dans l’échelle de valorisation sociale, certains métiers l’ont été plus que d’autres. Par exemple, vous comparez le métier d’une serveuse avec celui d’une infirmière ou d’une professeure. Cependant, dans les faits, c’est le jugement ou si on veut, les qualificatifs tels que mieux reconnus, plus valorisants qui distinguent qu’un métier est mieux qu’un autre. Souvent, face à leur réalité ou en comparant un rêve non réalisé d’avoir un métier mieux reconnu, les gens s’identifient à ce qu’ils font comme travail. Il est commun dans ce cas de voir des réactions comme : ma vie aurait eu plus de valeur si j’avais eu ce travail ou celui-ci. Comme je ne les ai pas eus, j’en conclu, ma vie n’a pas eu de sens ou je crois que j’ai passé à côté de ma vie. Est-ce que vous croyez qu’il y a un peu de cela dans ce que mentionnez ?
 
La serveuse du bistro : Oui je crois. Dans ma famille, il était fréquent de comparer les métiers. Mes parents auraient tant voulu que leurs enfants puissent travailler dans ceux valorisés. Je crois même qu’ils nous transmettaient sans le vouloir une certaine frustration de ne pas pouvoir leur faciliter le chemin dans la vie. C’est pour cela que je m’étais dit qu’un jour, moi je ferais quelque chose de grand dans la vie et que j’aurais un métier bien perçu. Je m’en étais même fait une mission. Le fait d’être ici ne fait que témoigner de mon échec professionnel et ceci m’enlève toute joie de vivre.
 
Le pêcheur : Donc, cette première distinction concernant les métiers peut vous aider à prendre une distance. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas le fait du métier lui-même qui vous cause une déception. C’est plutôt la comparaison entre les métiers qui provient de ce qu’on en disait dans votre famille et la façon que vous avez perçu vous-même tout ceci. N’est-ce pas exact ?
 
La serveuse du bistro : Oui c’est effectivement le cas. Mais je m’étais tout de même fait une idée sur cette orientation de vie. Comme je vous ai dit, je m’en étais fait une mission et maintenant je suis déçue.
 
Le pêcheur : J’aimerais vous suggérer une autre perspective concernant la mission comme vous la nommez. Pour moi, la mission de vie n’est pas un but socialement reconnu qui fait que nous réalisons quelque chose qui va correspondre à ce qui est valorisé par les autres ou qui rapporterait des reconnaissances quelconques. La mission de vie n’est pas non plus seulement la réalisation d’un projet, d’une idée ou d’une pensée qui doit être mise en action.
 
La mission est quelque chose que nous ressentons profondément en nous. C’est comme un appel de la vie elle-même qui nous dit : voici ce que je dois faire. Il faut donc bien distinguer ce qu’on croit devoir faire dans sa vie et ce qu’on sait au centre de soi. Alors, ces métiers, était-ce véritablement votre mission de vie ?
 
La serveuse du bistro : Je n’en suis plus certaine…ça voudrait-dire que ce vide provient juste de ce que j’ai vécu quand j’étais jeune à la maison…mais pourtant, même si c’était cela, il me reste tout de même un sentiment de ne pas être heureuse. J’aimerais savoir ce que je dois faire dans ma vie pour le devenir. Comment faire alors pour que je trouve justement ma véritable mission de vie ?
 
Le pêcheur : Un indice assez simple à trouver, c’est d’abord de se questionner sur qu’est-ce qui vous fait vibrer au plus profond de vous. En d’autres termes, quelles sont les actions que vous effectuez dans votre vie de tous les jours qui vous procurent un bonheur, un contentement et une joie.
 
La serveuse du bistro : Bof, je n'en vois pas vraiment…il y a peut-être quand par exemple un client se lève en se flattant le bedon et me jette un sourire de satisfaction. Mais ça n’arrive pas à tous les jours.
 
Le pêcheur : À ce moment, que ressentez-vous ?
 
La serveuse du bistro : Je ne sais pas…peut-être la satisfaction d’avoir coopéré par mon service et grâce à la bonne bouffe que nous servons ici à rendre la vie agréable à quelqu’un.
 
Le pêcheur : Ça vous procure vraiment de la joie ?
 
La serveuse du bistro : Oui, on dirait que juste ce petit geste embellit toute ma semaine.
 
Le pêcheur : Vous voyez, par cette simple fenêtre, votre joie intérieure peut ainsi s’exprimer. Je ne peux certainement pas vous dire quelle est votre mission. C’est à chacun de la découvrir. Mais je suis convaincu que si vous êtes attentive à tous ces micro-gestes et à toutes les réactions de joie intérieure qu’elles font émerger vous pourrez découvrir ce qui vous anime au plus profond de vous.
 
La serveuse du bistro : Vous me faites voir bien des choses monsieur. J’ajouterai que lorsque j’arrive à la maison et que je vois les yeux étincelant de ma fille, ceci me procure la plus grande des joies. En fait, c’est peut-être aussi dans cette direction que je devrais rechercher ma véritable mission de vie. Je crois que je vais demander un congé demain et prendre un peu de temps avec ma petite.
 
Le pêcheur : La mission de vie se retrouve dans les messages de joie qui vibrent dans notre cœur. Ils ne sont pas à rechercher ailleurs.
 
Se levant de sa chaise, le pêcheur se frotte le bedon et lui esquisse un tendre sourire. Se dirigeant vers la porte, il se retourne et lui dit :
 
Le pêcheur : J’oubliais, cette tarte fumante est la meilleure que je n’ai jamais mangée. Merci madame pour votre service attentionné. Je reviendrai certainement manger ici.
 

 
 

lundi 19 juin 2017

Être en conscience dans un bouchon de circulation


Descendant tout juste de l’autobus qui le ramène à son village après une pénible journée dans la métropole située à quelques 100 kilomètres de là, le passant gesticule de façon colérique. Soudain, il aperçoit le pêcheur marchant tranquillement sur le trottoir et l’interpelle aussitôt.

Le passant : hé ! hé ! c’est vous que j’ai rencontré dernièrement ! Vous aviez parlé de la gratitude ! Hé bien là, je n’ai pas beaucoup de gratitude envers ce service en commun. En plus d’être en retard de 15 minutes, j’ai dû attendre au gros soleil, avant finalement de prendre place dans ce bus bondé. J’ai même dû rester debout un bon bout de temps avant qu’un ado me laisse enfin sa place. Mais ce n’est pas tout…

Le pêcheur : Attendez, attendez…reprenez votre souffle monsieur et allons-nous assoir sur ce banc. Comme je viens de faire quelques petites emplettes…

Le pêcheur sort de son sac une belle bouteille d’eau bien fraîche, la débouche et la donne au passant, à la grande satisfaction de ce dernier.
Le passant : oh que vous me faites plaisir ! J’ai cru que j’allais mourir de sécheresse !

Avalant une grande gorgée, jusqu’à pratiquement s’y noyer, il laisse aller un soupir de contentement.

Le passant : Que c’est bon ! Il n’y a rien de meilleur et de plus désaltérant qu’une bonne eau fraiche !

Même si cette petite pause semble le calmer, il reprend de plus belle avec toute l’énergie de colère présente quelques minutes auparavant.

Le passant : Vous savez, non seulement le retard, le bus bondé et le fait d’être debout, mais en plus, nous sommes demeurés pris dans un bouchon de circulation pendant plus de 30 minutes interminables. Une chance qu’il y avait au moins l’air climatisé, sinon je crois que nous serions tous morts. Voyez-vous ça au bulletin télévisé de 18 :00 heures :

-      Malheureusement, 30 personnes sont décédées aujourd’hui dans un autobus en retard, bondé de monde et sans air climatisé ?

Le pêcheur :  Effectivement, ce n’aurait pas été une très bonne nouvelle.

Le passant : Oui c’est le moins qu’on puisse dire. Ce n’est pas tout. Je dois me rendre en ville chez le spécialiste pour mes implants dentaires au moins une fois par semaine dans le prochain mois. Je pense que si ça se reproduit, je vais complètement perdre les pédales. Vous voyez dans quel état je suis. Mon cœur ne tiendra pas le coup si ça continue comme ça.

Dites-moi mon ami, pendant que je vous ai débité toute mon histoire, vous êtes resté bien calme. Comment faites-vous ? J’aimerais bien savoir si vous seriez aussi calme dans la même situation que moi !

Le pêcheur :  Vous savez, le calme n’est rien d’autre que la constatation et l’acceptation de ce qui est.

Le passant : Que voulez-vous dire par là ?

Le pêcheur :  L’impatience, la colère et l’agitation sont les conséquences de l’attachement à ce que nous voudrions qui soit. Qu’auriez-vous désiré, autre que ce que vous avez vécu et de ce que vous m’en avez raconté ?

Le passant : Très facile à répondre. J’aurais voulu que l’autobus arrive au moins à l’heure, qu’il y en ait un autre pour désengorger les places disponibles et les allées et qu’il n’y ait pas eu ce foutu bouchon de circulation. Ah, j’oubliais, est-ce que ça se pourrait que la nouvelle génération de jeunes pense juste à elle. Auparavant, nous cédions la place à des personnes plus âgées…il n’y a plus de respect dans ce monde !

Le pêcheur :  Croyez-vous vraiment que tout ce que vous voulez peut toujours être présent et qu’il n’y aura jamais d’obstacles ? Vous êtes-vous demandé un instant quelles sont les raisons qui ont pu provoquer les événements que vous avez vécus.

Le passant : Non, je n’avais pas l’idée à cela. J’étais dans le rejet de ce qui se passait. Je ne voulais pas cela et ça m’a mis dans une telle colère. Je ne comprends pas ce qui m’a pris. Je n’avais surtout pas envie d’analyser toute cette situation.

Le pêcheur : Me permettez-vous un court instant de regarder ceci avec vous ?

Le passant : Comme je suis un peu moins énervé, je peux bien prendre un moment. Dites-moi donc quelles sont ces raisons d’après-vous ?

Le pêcheur :  Écoutez, je n’ai pas les réponses à tout et ne connais pas les raisons de tous les événements. Il est possible qu’un autobus soit en retard pour plusieurs raisons : accidents, bris mécanique, déviations sur la route pour causes de travaux, etc.

Pour ce qui est des moyens de transports engorgés, il est possible que la métropole n’ait pas les moyens de se procurer et de faire fonctionner plus d’autobus. Peut-être encore qu’un autre autobus ait eu une panne et un reflux de passagés s’est retrouvé dans le vôtre, ou toutes autres raisons.

Concernant les bouchons de circulation, et bien c’est la réalité des grandes surfaces urbaines provoquée par le surplus de population, l’arrivée d’une multitude de véhicules et les réparations fréquentes des réseaux routiers. Des solutions sont certainement à l’étude pour faciliter le flux de circulation, mais les moyens peuvent soit être en cours d’application ou difficiles à mettre à exécution.

Finalement, concernant la personne qui vous a cédé sa place, il est possible que certains jeunes, comme de plus vieux aient tendance à penser juste à eux. Mais encore faut-il savoir si celui que vous avez rencontré ne vous ait tout simplement pas vu, car plongé dans ses propres préoccupations ou ses moments d’inattentions.

Ce que je veux vous faire voir, c’est que nous n’avons pas le contrôle sur tout et bien des raisons inconnues provoquent ce qui se présente sur notre parcours de vie.

Le passant :  C’est bien facile d’analyser tout ceci quand nous ne sommes pas dans la folie urbaine. Je ne vous connais pas beaucoup, mais j’ose espérer que vous savez de quoi je parle quand je dis folie urbaine.

Le pêcheur :  Vous savez, bien que vous m’ayez rencontré dans votre village, j’ai vécu moi-même dans la grande ville. J’avais une petite voiture et j’étais constamment ralenti dans d’immenses bouchons de circulation.

Le passant :  Dans des bouchons avec une voiture ? Je n’ose même pas imaginer comment je pourrais faire pour vivre ainsi ! Vous vous êtes sûrement énervé à votre tour…dites-moi la vérité !

Le passant, tout heureux de sa réplique et surtout curieux de ce que le pêcheur va dire, il relève le menton dans un geste de bravade et attend impatiemment la réponse.

Le pêcheur :  La vérité c’est que moi aussi j’ai eu à plusieurs reprises des réactions émotives d’impatience et même de colère. Jusqu’au jour où j’ai constaté l’inutilité de ces mécanismes réactionnels. Ce jour en question où cela faisait plusieurs minutes que j’attendais, tout en étant préoccupé de ne pas arriver pour le souper à la maison. Je me suis mis une petite musique zen dans le système audio de mon véhicule.

Le passant :  Bon…vous allez me dire qu’il faudrait que je me mette de la musique zen dans l’autobus ?

Le pêcheur :  Non, je vous raconte seulement quelle a été mon expérience. Je me suis mis à regarder autour de moi, tout simplement. Je voyais bien quelques émotions monter en moi, mais j’ai commencé à les laisser aller. Je m’y accrochais de moins en moins, jusqu’à les délaisser complètement.

Je me suis mis à m’ouvrir à ce qui se passait autour de moi, pour me rendre compte que je n’étais pas seul dans cette situation. Je voyais le visage de tous ces gens dans les autres véhicules. Certains ou certaines présentaient des signes de nervosité ou d’anxiété, mais plusieurs étaient complètement détendus-es. Je me suis ouvert aux autres personnes, mais aussi au décor devant moi et à celui dans mon rétroviseur. Je me suis rendu compte que je commençais à vraiment exister à être en présence sans le voile de mon discours intérieur. C’est comme si j’enlevais le manteau des interprétations et des émotions pour laisser une grande place à la réalité de l’existant dans la pleine acceptation de ce qui se présente.

Lorsque nous sommes pris dans nos mécanismes d’interprétation sur ce qui se passe et que nous laissons monter l’intensité de nos émotions, notre attention diminue proportionnellement et nous nous retrouvons pris dans une vue simplifiée et déformée de la réalité. Nous nourrissons sans le savoir un malaise et des crispations qui nous emprisonnent. Nous commençons à nous en prendre à tout et à rien. La moindre perturbation extérieure nous agresse et nous tentons par tous les moyens de nous sortir de ce guêpier. Ceci devient rapidement la faute de tout le monde et nous rejetons avec force tout ce qui se présente.

Le passant :  C’est bien dans cette situation que je me suis retrouvé. Dites-moi, avez-vous un petit truc à me suggérer pour que mon prochain voyage en ville soit moins pénible.

Le pêcheur :  Je vous suggère un petit exercice très puissant dans ces circonstances : juste au moment où va commencer à se fabriquer une petite histoire dans votre tête sur ce qui se passe, regarder celle-ci se construire, tout en respirant doucement et en essayant de vous détendre. Les émotions vont commencer à vouloir prendre leur place également, regarder-les se manifester, mais continuez à respirer lentement. À ce moment, rappelez-vous que vous ne pouvez pas expliquer toutes les causes de ce qui est en train de se produire. Sans essayer de trouver toutes ces causes, laissez aller et acceptez volontairement ce qui se passe. Accepter que vous n’ayez pas le contrôle sur tout et que vous ne pouvez pas exiger qu’il en soit comme vous le voudriez.

Si le calme commence à prendre place, laissez-lui de l’espace pour qu’il s’installe pleinement en vous. Commencer à vous ouvrir ensuite à ce qui vous entoure, souriez et laissez-vous baigner dans la présence de ce qui se manifeste autour de vous. Donnez de plus en plus d’amplitude à tout ce qui est, adoptez une pleine ouverture en présence. Vous devriez être en mesure de découvrir graduellement une multitude de détails de cet environnement et ressentir un grand sentiment de liberté et de joie intérieure.

Le passant :  Vous êtes certain que cela va marcher ?

Le pêcheur :  Tout dépend si vous essayez vraiment. Je suis convaincu d’une chose, votre prochaine expérience sera certainement plus sereine et agréable. Qui sait, le prochain passant qui vous regardera descendre de ce bus aura-t-il la chance de rencontrer une personne joyeuse et rayonnante.

Avec une touche d’humour, le passant ajoute :

Le passant :  Vous me donnez presque le goût de reprendre le bus tout de suite… Sérieusement, je vous remercie beaucoup de votre écoute et surtout de tout ce que vous m’avez suggéré. Oui, j’aimerais bien être calme comme vous un jour!

Le pêcheur :  Nul besoin de l’être comme moi. Vous avez ce calme en vous. Comme je vous ai dit plus tôt, le calme n’est rien d’autre que la constatation de ce qui est. Au moment où nous acceptons et nous constatons ce qui nous entoure, nous nous plaçons dans une position en présence et le calme émerge.

Le passant :  Merci et j’espère grandement vous croiser à nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’état d’émerveillement

L’homme : Je vous ai entendu parler de merveilleux à quelques reprises. Pouvez-vous m’en dire plus sur ce que vous entendez par émerv...